avr
08
2008
Il y a eu les courts dont l’histoire se prêtait au long, les plus longs qui auraient pu n’être que courts, les courts très courts, les courts très cons, ceux dont on attend encore l’histoire. Les courts décalés, étonnants, étranges, étrangers ou poignants. Les courts anciens, les courts modernes, les courts muets, les courts dessinés. Les courts abstraits et expérimentaux. Des courts, en fait. Dans une farandole cinématographique d’une semaine. Puis, hier, vers 23h, sont venus s’ajouter à la liste les courts musicaux. Ceux qui font rire et chanter à gorge déployée, s’invitant sans crier gare. Forçant le grand écran du Rialto. Pour certains, du déjà vu. Des clips récents comme on en regarde à la télévision. Mais pas n’importe lesquels. Le choix est bon. Ont été sélectionnés 15 des plus marquants par leurs couleurs, leur ambiance, leur originalité. 15 univers totalement différents exprimés à travers un enchainement d’images sur fond musical adapté. Hier, alors, on a appris à danser le disco ou à détourner un tapis de course de son utilité. De Daft Punk à OK Go en passant par Feist, Moloko ou encore Bat for Lashes, tous ont envahi la salle d’une envie de prendre son temps, prendre une heure, pour oublier ses problèmes. Courir de court en court, se noyer dans un océan de mondes à part. Ces mondes qui constituent l’unique. Le nôtre.
N.P.
avr
08
2008
Les tournesols s’orientent toujours vers là où le soleil brille, guidés par les rayons de l’astre du jour. Cette année, c’est au sein d’une salle obscure qu’ils ont trouvé refuge. Magique, alternatif, provocant, drôle, déjanté, musical, cosmopolite… nombreux sont les termes que l’on pourrait attribuer à ce 8ème festival du court métrage de Nice. Autant d’adjectifs que de projections. Parce que si les festivals se suivent, les films qui y sont présentés ne se ressemblent pas. C’est ce qui explique les difficultés rencontrées par les différents jurys lors des délibérations. Ces jurys qui ont tout de même remis dix prix et trois mentions spéciales. Avec 5 500 entrées au lieu de 4 000 en 2007, l’équipe d’organisation a rempli ses objectifs d’ouverture sur l’Europe, d’élargissement du public et d’implication des professionnels. Une réussite encourageante pour les années à venir. Les tournesols, eux, ne s’y sont pas trompés. Cette année encore, le festival a su mettre en lumière le 7ème art.
N.P.
avr
08
2008
Samedi 5 avril 2008, soirée de clôture au cinéma Rialto. Laurent Trémeau, directeur artistique du Festival du court métrage de Nice, est en larmes. Le Jury, emmené par Fabrice Marquat, vient de rendre un vibrant hommage à l’association Héliotrope et à toute l’organisation du Festival. D’abord des remerciements. « Merci de nous avoir permis de participer à un Festival si particulier, où l’aspect humain a prédominé » s’est ému le Président du Jury. Puis des encouragements. Continuer sur cette lancée en faisant fi des problèmes administratifs et économiques. Inutile d’y revenir. Pour reprendre une phrase de Laurent Trémeau : samedi soir, il n’était « ni l ‘heure des comptes, ni celle des règlements de comptes ». Surtout que le Festival a été un véritable succès populaire. Le taux de fréquentation global des trois salles de projection oscille autour des 5500 spectateurs (contre 4000 l’an passé). Un plébiscite ! Le palmarès, lui, a accouché de quelques surprises. Si des courts-métrages comme Boxing club (Prix Short Film Corner), Premier Voyage (Prix du public) ou encore le Prix d’interprétation masculine décerné à Malik Zidi (Le baiser) étaient plutôt attendus, d’autres comme Irinka et Sandrinka (Prix des étudiants) ou Benda Sira (Prix spécial du Jury) ont fait figure d’heureux outsiders. À noter que le Grand Prix du Jury est revenu à Songe d’une femme de ménage, de Banu Akseki.
MGB
avr
08
2008
Des organisateurs pressés et passionnés, des créations projetées et adulées. Un festival de court métrage est à l’image du film court. Il dit tout en peu de temps et communique sans gros moyens. Après six jours de projections, l’heure est à la réflexion au cœur de la 8ème édition d’Un Festival, c’est trop court. Réunis au théâtre de la photographie et de l’image, professionnels et amateurs ont analysé la portée d’un tel événement. À quoi sert-il ? À stimuler et promouvoir la création. « Des mouvements alternatifs y naissent ». Charlotte Le Bos Schneegans, chargée de mission cinéma à la région PACA, insiste sur ce point et donne l’exemple du Festival du film européen de Bruxelles où les concepts de films sont récompensés. Festival et cinéma : deux entités indissociables qui se nourrissent mutuellement. Les prix décernés représentent un tremplin matériel ou immatériel. Une aide et une reconnaissance offertes aux lauréats. Les novices y trouvent l’inspiration ou le courage. Le directeur de L’ESRA, Thierry Collard, soutient ces manifestations, persuadé de leur nécessité. « Les élèves peuvent y montrer leurs films. » Antoine Leclerc, délégué général du Carrefour des festivals, note « qu’en France, on fait beaucoup de films, mais [que] peu sont diffusés. » Un festival amène des rencontres. Entre un film et son public, une œuvre et son diffuseur, une idée et son producteur.
C.S.
avr
08
2008
C’est l’histoire de vies sans joie. Gül, femme de ménage au service des autres est seule. Elle mange seule, elle glisse seule, elle parle seule… Son mari ne l’écoute plus. Ou tout simplement ne l’entend-t-il plus. Tombée dans une évidente monotonie, elle subit son existence à la recherche du moindre geste qui pourrait lui apporter une infime once de plaisir. En pliant le linge d’une patronne aux antipodes (belle, riche…), elle découvre un vibromasseur, le met en marche. De taille moyenne et de couleur jaune, il virevolte sur la commode tandis que Gül s’interroge sur ses attentes, ses envies. L’objet phallique apparaît dès lors comme une échappatoire, un voyage rapide vers un bonheur artificiel. Comment en est-elle arrivée là ? Plus encore, cette découverte à dimension tragi-comique nous questionne sur la relation au bonheur de chacun. Pourquoi son employeur, à qui tout semble réussir, a elle aussi besoin de ce genre de subterfuge ? Ce film est un portrait de femmes, de femmes en proie à la solitude qui recherchent désespérément le bonheur.
Songes d’une femme de ménage est un film beau, magnifiquement interprété et sans artifice superfétatoire. Il est le Grand Prix du Jury du 8ème Festival de court métrage de Nice.
MGB
avr
07
2008
Il avait été ovationné comme personne… Le documentaire « Boxing Club », coréalisé par Simone Simon et Eric Antolinos, a remporté le prix Short Film Corner de cette édition 2008.
Une récompense qui l’autorise à se présenter en mai, dans la même catégorie, au festival de Cannes.
L’heure de la consécration a donc sonné pour ce court-métrage, né sur le ring d’une salle de boxe de l’Ariane, auprès de Sammy, un ex-boxeur professionnel devenu entraîneur. Une lumière projetée sur son engagement et sur sa philosophie : l’apprentissage du vivre ensemble et du respect, à travers le sport et plus particulièrement la boxe.
Dans cette salle à peine plus grande que le ring qui trône en son centre, les réalisateurs ont filmé durant 6 mois le quotidien de toutes ces populations, qu’elles soient d’origine européenne, magrébine, russe, arménienne ou palestinienne, tournées vers une seule et même passion : le sport à l’état pur ; ses efforts, ses contraintes.
Restituées caméra au poing, les scènes d’entraînement sont un savant mélange d’effort, de concentration et de profondes émotions. Pas besoin de paillettes, de maquillage ou de projecteurs : le documentaire se contentera de l’authentique, du vrai, de l’engagement le plus profond.
Des bouilles d’enfants aux visages d’hommes, on découvre que l’amour du ring n’épargne personne, mais se cultive toujours à travers le respect et le contrôle de soi-même.
Un documentaire à forte valeur philosophique ajoutée, comme pour tordre le cou aux idées reçues. Non, la boxe n’est décidément pas un sport de brutes et peut même se retranscrire, dans toute sa force et sa beauté, au grand écran. De quoi séduire une nouvelle génération de spectateurs et mettre le doigt sur des problématiques contemporaines. A savoir l’acceptation de l’autre, peu importe sa puissance physique, et ses scores…
M.L.
avr
07
2008
Avec l’attribution du prix d’interprétation masculine du Festival du Court Métrage de Nice cette semaine pour son rôle dans le court « Le Baiser », Malik Zidi a tout de l’étoile montante du cinéma français.
Teint pâle et cheveux roux en bataille, tantôt profond, espiègle ou décalé ; Malik Zidi a le charme atypique d’un jeune homme qui a déjà décroché le César du meilleur espoir masculin, en 2007.
Né en 1975 d’un père algérien et d’une mère bretonne, le jeune Malik délaisse très vite ses études scientifiques pour enfiler les habits d’artiste. Ses premiers pas, il les fera dans les stages de cirques ou au théâtre de rue.
Elève de Véronique Nordey, il fait sa première apparition au cinéma en 1997, dans le court-métrage « les corps ouverts » de Sébastien Lifshitz.
Un petit rôle plus tard, « place Vendôme », et sa carrière démarre réellement avec l’appui de François Ozon, qui le repère et lui confie la cape d’un amant vampirisé dans « Gouttes d’eau sur pierres brûlantes », qui lui vaudra sa première nomination aux Césars en 2001.
Sollicité par des cinéastes chevronnés et par le cinéma d’auteur, Malik Zidi devient l’apprenti tailleur de Deville dans « Un monde presque paisible », le fils homo de Catherine Deneuve dans « Les temps qui changent » de Techiné, et marque de son innocence et de sa tignasse rousse, des films comme « Jacques le Croquant » ou « le Grand Meaulnes ».
A la télévision, il joue dans les « Amitiés maléfiques » d’Emmanuel Bourdieu qui lui vaudra le César du meilleur espoir masculin en 2007, ou dans des courts-métrages projetés sur le grand écran, tels que « Rendez-vous sur un tas de sable » de Nicolas Bikialo, ou « Tu n’es plus là », un clip d’Amel Bent filmé par Karim Ouaret.
Sa prestation dans « le Baiser », réalisé par le cinéaste Yann Coridian, lui vaudra de nombreuses critiques élogieuses, pour son interprétation de jeune homme gauche et hésitant, touchant à souhait. Simple, mais qui sonne juste. Le jury l’a compris, Malik Zidi est décidément une étoile qui monte, et qui court sur toutes les lèvres comme le souffle d’un baiser.
M.L.
avr
07
2008
En quelques pas de danse, et en l’espace de seulement 12 minutes, le voyage chorégraphique proposé par Yann Marquis a séduit et ému le jury, au point de décrocher le prix de la région PACA.
Alors que la qualité et l’originalité ont rendu la sélection des « Courts d’ici » particulièrement difficile, avec des concurrents tels que Boxing Club, RESF, Petite Feuille, ou encore Ne pas effacer, Yendin s’est imposée aux yeux des jury comme l’évidence de cette édition 2008.
Douce et fragile à la fois, cette expérimentation corporelle offre tout l’espace à une danseuse en proie à son inconscient et à sa mémoire. Quelques pas de côté, pour mieux affronter ses souvenirs : l’actrice s’exprime à travers le médium de la danse, tentant de délier son corps et de franchir ses barrières mentales et physiques.
Parfaite métaphore d’un corps en proie à ses propres limites, transformant son paysage mental en une forêt mystique et mystérieuse, Yendin danse littéralement au bras de son réalisateur qui le lui rend bien en maniant allègrement sa caméra à l’épaule et en entreprenant des fondus et des transitions pleines d’habilité.
On se surprend à suivre scrupuleusement le moindre balancé de ce corps habité par une force qui le transcende et les envolées lyriques de ses membres, comme autant de tentatives de liberté, d’émancipation, sans que la moindre parole ne fuse.
Chorégraphie sans l’être vraiment, sans pouvoir réellement être réduite à cette seule dimension, Yendin est le fruit d’un savant mélange entre une atmosphère boisée, une musique emplie de clarté et des mouvements qui cherchent à faire leur place dans un monde en perpétuelle résonance.
Reste pour Yendin à franchir une dernière étape importante : celle de son déplacement, avec la délégation PACA, au 31e festival du court-métrage de Clermont-Ferrant, où elle devra se battre contre de nouveaux films, toujours plus originaux et différents les uns des autres, et faire encore une fois ses preuves, en dansant. Rendez-vous en 2009…
M.L.
avr
06
2008
Lisa est une petite fille bien étrange. Elle vit dans un monde en noir et blanc où s’entremêlent féerie et violence. Ce court métrage, signé Lorenzo Recio, est inclassable. Unique. Dix-huit minutes durant lesquelles le spectateur est tenu en haleine. L’étrangeté et le mystère qui règnent autour du personnage principal rythment le déroulement de l’intrigue. Une maison isolée au beau milieu d’une campagne verdoyante. Le doux bruissement de l’étang tout proche ne saurait atténuer la tension. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. On perçoit un malaise que l’on arrive pas à déterminer précisément. Une confusion d’émotions sur fond d’inhumanité. Le père règne en tyran sur la famille. Obéissance et rigueur sont dévolus à quiconque franchit la porte. Lisa se réfugie dans un monde de rêve. Tantôt elle est Alice aux pays des merveilles lorsqu’elle se réfugie dans un terrier avec des lapins blanc pour échapper à ses grands frères. Tantôt elle est Cendrillon qui doit faire le service à table. Mais soudain, l’ordre sacré est bousculé. La fillette s’introduit dans la chambre paternelle où elle dérobe une montre à gousset. Quelque chose est brisé. Les images se succèdent dans une obscure frénésie. Les garçons ligotés dans la grange. La mère agonisante. Seule solution pour la petite : fuir. La patriarche se lance à sa poursuite. Il reçoit une branche sur la tête. De son crâne fendu sortent des photographies, un tricycle, un chapelet, comme autant de souvenirs. Lisa les remplace par une rose, un lapin… et la montre. En anéantissant l’orgue, elle l’a vaincu, libérant ainsi toute la famille. Une bande sonore efficace, des visuels à propos et un jeu d’acteur rondement menés sont autant des raisons de la réussite du film. Chacun appréhendera à sa manière l’histoire. Seule certitude : ce court-métrage inspire l’imagination et ne laissera personne indifférent.
A.T.
avr
06
2008
Yann Coridian est de ceux qui posent un scénario à l’image d’une plume : doux, aérien et candide comme la légèreté de l’instant. Et en même temps si profond et si lucide, comme la lame d’un couteau prêt à trancher. Comme si la réalité n’était jamais vraiment sortie de la scène, comme si elle se jouait de l’instant en y prenant part, par petites touches. Sur le lit, un homme parle à une femme qui n’a qu’une envie : l’embrasser. Retour sur le temps des premières amours, des « flirts » gauches et effarouchés, des petites connivences qui ont leur charme… Pas question de laisser passer l’instant, pas question de le brusquer non plus. Et l’homme, le mâle, qui s’enfonce dans un discours pour sauver les meubles. Une longue tirade enflammée de noms célèbres tandis que la femme se languit et s’impatiente. Passage obligé vers le rapprochement. Clin d’œil entre deux mondes qui s’effleurent sans se toucher. Entre embarras, gaucheries, et hésitations. Avant que finalement, ce ne soit elle qui fasse le premier pas. Le dénouement en devient presque magistral, par son intensité et sa fièvre. Un long baiser de quelques minutes pour que le spectateur s’y croie. Ou pour que les personnages y croient enfin eux-mêmes, cantonnés jusqu’alors comme simples spectateurs d’une histoire qui les dépasse.
M.L.