avr
07
2008
En quelques pas de danse, et en l’espace de seulement 12 minutes, le voyage chorégraphique proposé par Yann Marquis a séduit et ému le jury, au point de décrocher le prix de la région PACA.
Alors que la qualité et l’originalité ont rendu la sélection des « Courts d’ici » particulièrement difficile, avec des concurrents tels que Boxing Club, RESF, Petite Feuille, ou encore Ne pas effacer, Yendin s’est imposée aux yeux des jury comme l’évidence de cette édition 2008.
Douce et fragile à la fois, cette expérimentation corporelle offre tout l’espace à une danseuse en proie à son inconscient et à sa mémoire. Quelques pas de côté, pour mieux affronter ses souvenirs : l’actrice s’exprime à travers le médium de la danse, tentant de délier son corps et de franchir ses barrières mentales et physiques.
Parfaite métaphore d’un corps en proie à ses propres limites, transformant son paysage mental en une forêt mystique et mystérieuse, Yendin danse littéralement au bras de son réalisateur qui le lui rend bien en maniant allègrement sa caméra à l’épaule et en entreprenant des fondus et des transitions pleines d’habilité.
On se surprend à suivre scrupuleusement le moindre balancé de ce corps habité par une force qui le transcende et les envolées lyriques de ses membres, comme autant de tentatives de liberté, d’émancipation, sans que la moindre parole ne fuse.
Chorégraphie sans l’être vraiment, sans pouvoir réellement être réduite à cette seule dimension, Yendin est le fruit d’un savant mélange entre une atmosphère boisée, une musique emplie de clarté et des mouvements qui cherchent à faire leur place dans un monde en perpétuelle résonance.
Reste pour Yendin à franchir une dernière étape importante : celle de son déplacement, avec la délégation PACA, au 31e festival du court-métrage de Clermont-Ferrant, où elle devra se battre contre de nouveaux films, toujours plus originaux et différents les uns des autres, et faire encore une fois ses preuves, en dansant. Rendez-vous en 2009…
M.L.
avr
06
2008
Lisa est une petite fille bien étrange. Elle vit dans un monde en noir et blanc où s’entremêlent féerie et violence. Ce court métrage, signé Lorenzo Recio, est inclassable. Unique. Dix-huit minutes durant lesquelles le spectateur est tenu en haleine. L’étrangeté et le mystère qui règnent autour du personnage principal rythment le déroulement de l’intrigue. Une maison isolée au beau milieu d’une campagne verdoyante. Le doux bruissement de l’étang tout proche ne saurait atténuer la tension. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. On perçoit un malaise que l’on arrive pas à déterminer précisément. Une confusion d’émotions sur fond d’inhumanité. Le père règne en tyran sur la famille. Obéissance et rigueur sont dévolus à quiconque franchit la porte. Lisa se réfugie dans un monde de rêve. Tantôt elle est Alice aux pays des merveilles lorsqu’elle se réfugie dans un terrier avec des lapins blanc pour échapper à ses grands frères. Tantôt elle est Cendrillon qui doit faire le service à table. Mais soudain, l’ordre sacré est bousculé. La fillette s’introduit dans la chambre paternelle où elle dérobe une montre à gousset. Quelque chose est brisé. Les images se succèdent dans une obscure frénésie. Les garçons ligotés dans la grange. La mère agonisante. Seule solution pour la petite : fuir. La patriarche se lance à sa poursuite. Il reçoit une branche sur la tête. De son crâne fendu sortent des photographies, un tricycle, un chapelet, comme autant de souvenirs. Lisa les remplace par une rose, un lapin… et la montre. En anéantissant l’orgue, elle l’a vaincu, libérant ainsi toute la famille. Une bande sonore efficace, des visuels à propos et un jeu d’acteur rondement menés sont autant des raisons de la réussite du film. Chacun appréhendera à sa manière l’histoire. Seule certitude : ce court-métrage inspire l’imagination et ne laissera personne indifférent.
A.T.
avr
06
2008
Yann Coridian est de ceux qui posent un scénario à l’image d’une plume : doux, aérien et candide comme la légèreté de l’instant. Et en même temps si profond et si lucide, comme la lame d’un couteau prêt à trancher. Comme si la réalité n’était jamais vraiment sortie de la scène, comme si elle se jouait de l’instant en y prenant part, par petites touches. Sur le lit, un homme parle à une femme qui n’a qu’une envie : l’embrasser. Retour sur le temps des premières amours, des « flirts » gauches et effarouchés, des petites connivences qui ont leur charme… Pas question de laisser passer l’instant, pas question de le brusquer non plus. Et l’homme, le mâle, qui s’enfonce dans un discours pour sauver les meubles. Une longue tirade enflammée de noms célèbres tandis que la femme se languit et s’impatiente. Passage obligé vers le rapprochement. Clin d’œil entre deux mondes qui s’effleurent sans se toucher. Entre embarras, gaucheries, et hésitations. Avant que finalement, ce ne soit elle qui fasse le premier pas. Le dénouement en devient presque magistral, par son intensité et sa fièvre. Un long baiser de quelques minutes pour que le spectateur s’y croie. Ou pour que les personnages y croient enfin eux-mêmes, cantonnés jusqu’alors comme simples spectateurs d’une histoire qui les dépasse.
M.L.
avr
06
2008
Fabrice Marquat, Président du Jury du 8ème Festival du court métrage de Nice a présenté hier, au Théâtre de la Photographie et de l’Image son dernier né, Yamana. Un documentaire magnifique où le réalisateur nous raconte son voyage initiatique en Patagonie. Caméra au poing, il décolle pour l’Amérique du Sud en novembre 2006. « Paloma », sa moto, va devenir sa plus fidèle compagne l’espace de six mois. Son périple n’est pas sans rappeler celui, cinquante plus tôt, d’Ernesto Che Guevara, parti lui aussi à la découverte de l’Amérique latine sur une vieille moto de fortune baptisée « La Puissante ». Fabrice Marquat dresse le portrait de personnes rencontrées au gré des kilomètres parcourus. Un baroudeur canadien avide de grands espaces, un chercheur d’or argentin au débit de paroles impressionnant, ou encore un marin basque qui cherche son repenti dans les mers du sud. Le réalisateur pose des questions. Attends des réponses. Les trouve, partiellement. Reste la solitude. « Je me sédentarise peu à peu. Je suis devenu un ours schizophrène, qui se parle, se pose des questions, se répond et se fait rire tout seul » confie le réalisateur. Le retour sur Paris ne sera pas plus simple (voir ci-dessous). Entre témoignages, images d’archives et confidences, Fabrice Marquat signe un documentaire remarquable, à la réalisation soignée et dépourvu de tous artifices. À voir de toute urgence.
MGB
avr
06
2008
Le septième art. Harry Bos tombe dedans alors qu’il est encore jeune. Il l’étudie en Hollande, son pays natal, à l’université dans une filière littéraire avec option cinéma et théâtre. Plaisir des yeux mais aussi des oreilles puisqu’il est également passionné de musique classique. Aujourd’hui, sa route croise celle du Festival du court métrage de Nice. Et pour cause. Il est responsable du secteur cinéma au sein de l’Institut néerlandais à Paris. « Il est important de projeter des films hollandais en France. » Sa participation au festival est donc toute naturelle : « les échos sur cette manifestation sont très favorables, le public est nombreux et enthousiaste. » Une volonté de mettre le travail de ses compatriotes sous le feu des projecteurs. Et le public de constater que le court métrage néerlandais n’est pas tout à fait semblable au court hexagonal : « Pendant très longtemps le cinéma des Pays-Bas était surtout documentaire, il y avait très peu de fiction. » C’est pourquoi Harry Bos tient à le promouvoir, pour le voir évoluer, tout en précisant qu’il ne souhaite pas faire de généralités. « Les œuvres sont toutes particulières. » D’ailleurs, parmi tous les courts métrages présentés lors des premières séances de compétition, Harry Bos a-t-il eu un coup de coeur ? « En tant que membre du jury, je ne peux rien dire à l’avance. »
V.R.
avr
06
2008
Dans la vie d’Annette Scholz, il y a du cinéma, des réalisations espagnoles et des courts-métrages. Trois thèmes qui se mélangent et se confrontent sans cesse. Étudiante, elle s’initie au « cinéma espagnol contemporain », et en fait le thème de son doctorat. De son Allemagne natale, elle s’exile en terres hispaniques, à la rencontre des lieux qui ont vu naître un réalisateur qu’elle adule : Pedro Almodóvar. C’est un lien puissant qui lie notre membre du jury au cinéma espagnol. Un attachement qu’elle ne cesse de consolider. Fondatrice du festival du cinéma espagnol, elle coopère ensuite avec le festival du film hispano-latino-américain à Hambourg. Aujourd’hui, elle travaille pour ALCINE, le festival de films courts le plus renommé d’Espagne. De passage à Nice, elle doit départager les courts métrages en compétition. Comment fait-elle son choix? Avec ses sens. « Il est important que le film me touche ». Pour cette adepte des festivals de films courts, ces rencontres sont primordiales. Les réalisateurs y trouvent une reconnaissance, les films un public. « Les courts métrages ne passent pas dans les cinémas en temps normal». Le festival semble ravir la jeune passionnée. « Je suis très contente des projections et je n’ai pas tout vu… » Mais si l’on demande à notre jury quel est son chouchou du jour : pas de réponse. Sujet top secret.
C.S.
avr
05
2008

Les réalisateurs des Ateliers Courts prennent la parole après la séance de projection

Thierry Collard présente la séance “L’ESRA Côte d’Azur fête ses 20 ans”

Le public
avr
05
2008
L’histoire. C’est un détenu qui parvient à s’échapper alors que ses geôliers s’apprêtent à la torturer. Un acte désespéré qui au bout du compte le conduit à quelques instants de liberté pure. La même liberté que celle dont jouit le pigeon posté à sa fenêtre qui le nargue. Et puis… BAM ! Un des gardes ouvre le feu. C’est la fin. Une animation franco-belge réalisée par Arnaud Demuynck. Esthétique. Pas de mot ni de musique. Seulement des bruits. Pas de couleur non plus. Même le noir et le blanc ne sont plus des teintes : on est dans l’ombre puis la lumière. Une lumière si vive lorsque le prisonnier accède à l’extérieur que même le spectateur, du fond de son fauteuil, est ébloui par tant de clarté. De la même façon que l’obscurité de la cellule est telle qu’on voudrait presque trouver le commutateur et rallumer les éclairages de la salle de cinéma. Une claque visuelle qui justifie, légitime le manque d’intrigue. Le spectateur doit être tout au plaisir de ses yeux sans que n’interfère aucun autre élément.
V.R.
avr
05
2008
Ce soir, les cinq membres du jury auront la lourde tâche de décider, de décréter lequel des trente courts métrages projetés tout au long de la semaine recevra les honneurs. Que le meilleur gagne ! Pourtant un vainqueur semble déjà tout désigné. La provoc’. D’abord la provoc’ visuelle bien sûr, lorsque le sexe, les excréments sont étalés dans l’unique but de choquer. Mais aussi la provoc’ intellectuelle agrémentée d’un brin d’élitisme. Souvent, on croirait à s’y méprendre que la pire crainte du réalisateur est qu’un quidam puisse accéder aux sens. Evidemment que ce sens n’a pas vocation à apparaître immédiatement ni à tous. Reste qu’ici, finalement ce n’est pas de la provoc’. C’est du snobisme. Ça fait bien. Heureusement, certains des films, à défaut de nous mener à la compréhension, ont déclenché la sensation.
V.R.
avr
04
2008
« Avec une chaîne de télé locale, ce serait différent »
A l’occasion de la séance Courts d’ici, regroupant tous les films produits en région PACA, Vincent Jourdan, président de l’association Regard Indépendant, revient sur l’essentiel de la manifestation et nous livre son sentiment sur l’avenir du court-métrage à Nice.
Comment s’est déroulée la sélection des films projetés dans cette 8e édition ?
« Cette année, nous avons sélectionné de nombreux auteurs débutants et acteurs inconnus. Mais comme il est difficile de travailler exclusivement là-dessus, nous avons également choisi des réalisateurs un peu plus connus pour alterner les programmes courts. Sur la 50 aine de films proposés, environ la moitié était digne d’être montrée. Nous avons essayé de donner une vision des choses différente, avec des films un peu plus atypiques que les autres. Dans l’ensemble, la production est très encourageante, il existe toujours beaucoup d’imagination chez les nouveaux réalisateurs. Sébastien Antoine est, entre autres, un auteur que l’on suit, et qui s’améliore de films en films. C’est toujours un plaisir de montrer ses courts. »
La région PACA est-elle dynamique en termes de production ?
« Dans la région PACA, il n’existe officiellement plus aucun producteur mais encore beaucoup d’auteurs, qui très souvent, s’autoproduisent. C’est dommage que l’on n’ait si peu de moyens de production à leur disposition. Ce serait différent si nous avions une chaîne de TV locale, à l’image de certaines grandes villes. Cela offrirait d’autres possibilités de développement. »
La question des subventions est à l’ordre du jour. La situation est-elle devenue critique ?
« En ce moment, l’État est en train de redéfinir et de faire des coupes dans les subventions. Les festivals comme celui d’Héliotrope sont directement touchés par cette diminution des fonds de la DRAC qui revient, en gros, à couper le robinet momentanément. Mais tout est relatif car les associations sont toujours obligées de fonctionner en flux tendus tout en ayant l’envie d’en montrer toujours plus et mieux… Pour certaines associations, comme Regard Indépendant, la participation de l’État n’étant pas très élevée voire nulle, ils sont donc moins touchés actuellement.
Peut-on craindre pour l’avenir de nos festivals ?
« Cette année, la situation était un peu particulière car la mairie de Nice a gelé momentanément ses subventions pour cause d’élections, mais cela n’engage pas encore réellement pour l’avenir. Mais il est certain que les festivals sont très importants et jouent un rôle de « recherche-développement » crucial dans le cinéma. S’ils disparaissent, certains réalisateurs inconnus ne passeront plus nulle part. »
M.L.
LA PHRASE DU JOUR
« Les festivals sont très importants et jouent un rôle de « recherche-développement » dans le cinéma. S’ils disparaissent, certains réalisateurs inconnus ne passeront plus nulle part. » Vincent Jourdan, Président de l’association Regards Indépendants
M.L.