avr 06 2008
Yamana : Une quête de 6 mois en Patagonie
Fabrice Marquat, président du jury du Festival, a présenté vendredi son dernier film, Yamana. Lumière sur les raisons qui poussent les hommes aux bras de l’aventure, à travers un ailleurs toujours plus prometteur. La quête se déroulera durant 6 mois à travers les terres de Patagonie, avec pour seules attaches, une moto, et une caméra à la main.
Retour sur des prises de vues magnifiques et sur des rencontres clefs : entre des villageois atypiques et des voyageurs au long cours, Fabrice Marquat dévoile les dessous d’un voyage où la nature de l’Amérique du Sud fait la part belle à la nature de l’homme.
Comment avez-vous rencontré les personnages de votre documentaire ?
Seul Georges, le chercheur d’or, était prévu. Je savais que je pourrais le rencontrer car il avait été interviewé dans un livre et je savais où je pouvais le trouver. Au départ, il ne semblait pas cadrer beaucoup avec ma thématique, car malgré ses racines allemandes, il est toujours resté fixé là-bas. Mais finalement, c’est devenu un personnage incontournable. Il a une telle philosophie de vie alors qu’il na jamais voyagé…
La sélection des séquences a-t-elle été difficile ?
Je suis parti de 25 à 30 heures de rush, ce qui est peu pour un documentaire, tourné en 6 mois. De 12 personnages rencontrés, j’en au conservé 8. Quand mes parents m’ont rejoint, j’ai tenté de faire une entrevue avec eux, mais ça n’a pas marché. Je ne suis pas arrivé à leur faire dire ce que je voulais. Mais ils restent tout de même très présents dans mon film, même si ce n’est pas par la parole.
Comment avez-vous créé le contact avec les habitants ?
Dans le village, l’ambiance était vraiment incroyable. Un personnage que j’ai rencontré là-bas était intéressant, mais par manque de place, il m’a fallu le couper. Je passais toujours beaucoup de temps avec chacun d’eux avant d’emmener ma caméra. Je ne voulais pas arriver en plein milieu comme un voleur d’images. Certains, même après trois jours, refusaient la caméra. Cela fait partie des frustrations en jeu, mais je n’ai pas de regrets. C’est juste que tout sera resté seulement pour moi, en off.
Que recherchiez-vous à travers ce documentaire ?
C’était mon premier film avec une société de production, même si les moyens mis en œuvre n’étaient pas très importants. Il se posait la question de la forme et de la manière de raconter une histoire. Je voulais quelque chose d’assez intimiste. Je me posais des questions depuis longtemps, sans obtenir de réponses : pourquoi ai-je besoin de voyager, et d’être seul ? Mes personnages apportent, quelque part, une réponse à mes interrogations et montrent qu’une telle vie est possible. Mon film, c’est un peu cette quête de sens.
Comment avez-vous vécu l’isolement ?
J’ai toujours beaucoup voyagé, mais jamais vraiment dans ces conditions. La solitude et l’isolement que je recherchais, m’ont beaucoup apporté. Dans ce cadre-là, on ressent beaucoup de choses, comme sur cette route rectiligne où j’ai roulé seul pendant plusieurs jours. A ce moment-là, on devient presque en transe, sans avoir rien fumé ni rien bu. On se sent libre. C’est une sensation de liberté difficile à ressentir ailleurs. Mais il existe toujours un moment de solitude qui puisse faire peur, puisque l’on vit toutes les sensations à 200 %. On est, soit très heureux, ce qui jouissif, soit très trouillard, ce qui peut devenir flippant. Il y a toujours cette ambivalence. Même le marin très expérimenté que j’ai rencontré est arrivé à se faire peur certains jours avec les vents du Cap Horn. On en arrive à une certaine notion de courage. Qu’est-ce que l’on peut supporter et jusqu’à quel point ? Les gens sont toujours dans l’ambivalence, entre le besoin de partir et celui de rester. La recherche de la solitude se paie par moments.
Dans quelles conditions vos prises de vues se sont-elles déroulées ?
J’ai utilisé une petite caméra Sony PD 150 de nouvelle génération. Comme je ne suis pas cadreur de formation, je ne voulais pas partir avec une caméra que je ne saurais pas utiliser. Pour le son, c’était compliqué, car on avait toujours le vent qui tapait. Mais quand on réparait la moto, elle est retombée plusieurs fois. A certains moments, ça en devenait même épique entre la prise d’image, de son, la réparation et le vent! On a mis une demi-heure pour remettre une roue… Quand je pense que cela faisait 37 fois que Thomas crevait ! je me suis demandé comment il avait fait avant… Ce canadien, c’était un peu mon double, il était à moto aussi. On s’est simplement croisé, mais quand il est parti, c’est devenu la fin de mon film.
Comment avez-vous vécu le retour en Europe ?
Le retour a été très particulier. C’est exactement l’inverse de l’envie de partir. Quand on est ailleurs, on y pense plus trop. Au bout de 6 mois, on a l’effet bascule, on n’a plus envie de revenir. C’est très difficile. On est passé à autre chose, et on découvre que la vie, ce n’était pas forcément ce que l’on était en train de faire avant. On se pose beaucoup de questions, mais plus du tout les mêmes qu’avant.
Avez-vous eu des nouvelles de vos personnages ?
Je suis rentré en avril de l’année dernière. J’ai des nouvelles de tous sauf de Thomas de Vancouver, car on s’est mal compris. Il est partie en me demandant de lui envoyer un mail, mais je n’ai pas son adresse… J’ai fais des recherches sur le net, mais je n’ai rien trouvé. Mais Hubert, avec qui j’ai gardé contact, m’a dit qu’un de ses amis motard connaît bien Thomas, il va essayer de le retrouver. Mais en même temps, c’est le jeu. Même si je ne le revois pas, ça ne me dérange pas. Chacun continue sa route. Peut-être que je n’aurais jamais de nouvelles, mais c’est comme ça… En parler, ça fait déjà beaucoup de bien.
M.L.



