Comme chaque année, nous organisons un concours de critiques destiné à sélectionner les membres du jury étudiant.
Ainsi, nous remercions tous les candidats pour leur participation motivée à ce concours.
Après la lecture passionnante de toutes les critiques que nous avons reçues, toujours aussi surprenantes les unes que les autres, nous avons sélectionné 7 candidats.
Les membres du JURY ETUDIANT 2009 sont :
Nous rappelons que le rôle du jury est de décerner le prix des étudiants d’une valeur de 1200 euros offerts par l’ESRA Côte d’azur.
Comme promis, voici la meilleure critique que nous avons reçue, écrite par Pierre Benedetti :
Next Floor : Le festin macabre du consumérisme
De la Turquie à l’Espagne, en passant par les États-Unis, le court métrage Next Floor du Québécois Denis Villeneuve a raflé pas moins de treize récompenses en 2008, dont le Grand Prix Canal + pour le meilleur court métrage, décerné lors de 47e Semaine internationale de la critique à Cannes. Cet opus métaphorique nous plonge dans un univers imaginaire, et pourtant tellement réel.
Oubliez les politesses révérencieuses, le couteau à droite, la fourchette à gauche…Quand le capitalisme vampirique passe à table, cela donne Next Floor : un repas caustique, comique, pictural, qui nécessite 11,34 minutes pour être englouti. Sous le regard inquiétant d’un majordome placide, onze bourgeois accoutrés à la mode du 19e siècle naissant, se livrent à un étrange repas aux allures de carnage gastronomique. Ils se gavent, s’empiffrent, tels des gloutons, pour ne pas dire des charognards, alors qu’une horde de valets zélés s’active autour d’eux pour les servir sans répit. Subitement, le sol s’effondre, et les affamés dégringolent un étage plus bas. Sans attendre les sbires s’activent, époussettent les invités constellés de poussière blanche, et tout recommence sur le même rythme glouton, jusqu’au prochain étage. La scène se répète ainsi, à intervalles de plus en plus brefs, jusqu’à ce que toute la tablée carnassière finisse par s’engouffrer dans un puits sans fond, sans que jamais sa déglutition n’ait été perturbée.
Derrière cet univers surréaliste et glauque, nourri d’une ambiance aussi théâtrale que grotesque, où le macabre rivalise avec le fantastique, se cache une fable au vitriol. Elle distille un propos fort intéressant, et d’autant plus percutant dans le contexte de tsunami économique qui sévit actuellement. Véritable névrose de la post-industrialisation selon le réalisateur, le consumérisme aveugle et exacerbé, sans frein ni fin, mène inexorablement la civilisation vers un crash annoncé… et accepté. Tout comme les bourgeois voraces, les magnats des finances accumulent leur butin avec avidité jusqu’à ce que ce monde pathétique s’affaisse sous son propre poids. Et pour rendre son allégorie du capitalisme encore plus digeste, Denis Villeneuve n’a rien laissé au hasard quant au choix des aliments stylistiques. Il utilise notamment le comique de répétition afin d’insister sur la passivité des personnages, et surtout leur insouciante insatiabilité.
Au niveau de la forme, ce court-métrage réussit un véritable tour de force visuel, tant par sa beauté plastique soignée que par sa direction artistique virtuose. Dès les premières images, on n’échappe pas à l’atmosphère baroque et insolite rappelant les 12 singes de Terry Gilliam, tandis que la saveur lugubre des personnages délurés bien servis par leurs mimiques faciales fait penser au déroutant Taxidermie de György Pàlfi. Mais Next Floor, c’est surtout l’avatar moderne de La Grande Bouffe de Marco Ferreri qui avait déjà fustigé en 1973 la société de consommation. À sa manière, le réalisateur de Maelström a ajouté à cette farce sociale une épice très« felliniesque », qui consiste à tourner sans sons pour les mixer ensuite en post-prod. Et cette technique du maestro « il Poeta » n’a rien d’anodin car elle met l’accent sur les bruits de mastication, synonymes de bestialité, alors que le style muet prive les protagonistes de la parole, ce qui renforce encore plus leur déshumanisation : de par leur silence, ils se résignent au naufrage ! Une réalité qu’ils voient, qu’ils entendent, mais qu’ils subissent par servilité. Qu’importe les dangers, la société continue sa descente vers les abîmes tant qu’elle n’a pas embrassé - catastrophiquement - le sol. « L’important, ce n’est pas la chute mais l’atterrissage » semble dire cette parabole sociétale qui dénonce la complaisance de l’hyperconsommation. Espérons seulement que nous sommes encore loin du sous-sol de l’enfer !
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Canada
2008 - 11’34’’ - Couleur - 35 mm
VO Anglais
Réalisateur : Denis Villeneuve
Scénario : Jacques Davidts
Production : PHI GROUP
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